mercredi 31 décembre 2008

Saxophone Lyricon Wind Synthesizer Driver 1978

Wind Synthesizer Driver par la Computone Inc., vers 1978
Le 5 octobre 1971, William A. Bernardi, l'inventeur, assisté de Roger R. Noble, de Norwell dans le Massachusset (USA) déposent un brevet d'invention au nom de leur société, la Computone Inc, de Hanover, dans le même Etat, pour un instrument de musique électronique commandé par le souffle:
"... A wind-actuated electronic musical instrument for play by a musican. The musician uses substantially the same technique as is associated with acoustic wind instruments to vary the range of musical sound and expression produced by the electronic musical instrument. Transducers convert the musician-produced air flow, lip pressure and fingering of the instrument to appropriate electrical signals, which signals control the frequency, harmonic content and harmonic phase of the sound produced by a tone generator." (Abstract of the US Patent 3,767,833).
Ce brevet sera publié le 23 octobre 1973 par l'office américain des brevets: Le premier synthétiseur commandé par le souffle est né, son nom sera le "Lyricon". Deux autres modèles de la marque verront le jour peu de temps après: le Lyricon II et le Wind Synthesizer Driver présenté ici.


L'instrumentiste souffle au moyen d'un bec modifié de clarinette basse, en général un Brilhard 9*. L'anche en roseau repose sur un contacteur qui transmet la pression exercée par la lèvre inférieure sur l'anche.



Un contacteur se trouve sous chaque touche pour transmettre un signal. L'instrument possède deux clés d'octaves prises séparément. Les doigtés, proches de ceux du saxophone, sont les mêmes pour chaque octave, à quelques exceptions près pour le registre le plus grave.



Vue de la main gauche avec un clétage proche de celui du saxophone.









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vue de la main droite avec trois clés pour, de haut en bas, les notes: Ré# de chaque octave, Sib grave et Do grave.


l'instrument peut jouer sur trois octaves. Il est possible d'augmenter cette tessiture en utilisant les commandes se trouvant dans l'étui, avec trois niveaux de base pour les registres, plus de six octaves étant donc techniquement possibles.

L'instrument est dans l'état où le musicien a du le laisser lors de sa dernière prestation: accessoires bien arrimés avec du collant pour les tournées (anches, tournevis), modifications et ajouts de sorties pour différents effets, marquage des niveaux personnalisés.
Dans la valise, les différents paramètres sont contrôlables sur la console du synthétiseur: la hauteur du diapason (choix d'instruments en Sib, Ut, Mib ...) les variations d'intensité et de hauteur relative (pression de la lèvre sur le bec, glissando) la durée du son (souffle, delay, ..). Plusieurs sorties sont possibles permettant de commander d'autres synthétiseurs ou d'autres effets commandés manuellement à partir de la console ou par des pédales d'effets.
Le présent instrument à été fabriqué vers 1978. Il a été utilisé par le saxophoniste américain Richie Canneta pour un seul enregistrement, celui en 1980 du disque Glass Houses de Billy Joel, chanteur et instrumentiste américain de style "pop, rock, fusion"(c'est selon ...!).
Richie Canneta sera le saxophoniste attitré de Billy Joel entre 1975 et 1981. Il sera ensuite remplacé pour ses enregistrements par Mark Rivera, mais il participera par contre aux différentes tournées mondiales du chanteur, utilisant ce même Wind Synthesizer Driver, en plus des saxophones, de la flûte, de la clarinette et des claviers.
Une lettre signée de Billy Joel accompagne l'instrument, précisant que ce dernier a été donné par le chanteur à une association caritative pour être mis aux enchères et qu'il a été utilisé par son groupe pour leurs tournées des années 1990.
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Bien qu'un modèle Lyricon série III soit alors en projet, la société Computone Inc. arrêtera sa production en 1980, victime de la concurrence des premiers synthétiseurs à vent de Yamaha, marque plus grand public et avec une force de vente bien plus importante.
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De nombreux modèles de synthétiseurs à vent verront le jour dans les années 1990. Outre Yamaha, on trouve aussi la marque Casio avec un modèle en forme de petit saxophone alto, mais surtout au niveau professionnel les modèles de la marque Akai avec sa série des EWI, les performances du saxophoniste Michael Bracker sur ce dernier modèle ayant dopé les ventes de façon exponentielle.
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Le brevet du Lyricon, le premier synthétiseur à vent au monde, sera référencé dans plus de 46 prises de brevets américains entre 1973 et 1990.
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Pour en savoir plus:
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le brevet américain (US patent 3767833):
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site spécialisé en anglais: http://www.jorritdijkstra.com/thelyricon.html
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Exemples sonores:
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WIND DRIVER:(4' cultes en Japonais: Hêh, HHaille ...):
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le successeur, AKAI EWI 4000 (demo Jeff Kashiwa)
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Michael Brecker THE BEST ! : (9'13 de plaisir, EWI 3000)

lundi 29 décembre 2008

Clarinette basse LEFÊVRE à Paris, c.1900



La marque "Lefêvre à Paris" existe depuis 1812, date de la création de l'atelier par François LEFÊVRE. Ce facteur est cité en 1819 comme fabricant de flûtes et clarinettes pour la musique particulière du Roi. Il est l'un des premiers à avoir réalisé de façon régulière à Paris dans les années 1820 des clarinettes à 13 clés selon le système d'Iwan Muller. L'atelier sera revendu en 1856 à BIE et NOBLET puis en 1886 à André THIBOUVILLE et finalement la marque appartiendra vers 1905 à THIBOUVILLE-CREUTZER. La fabrication continuera jusqu'au moins 1911.
La clarinette basse est en palissandre recouvert d'un verni brillant avec un clétage en maillechort nickelé. Les doigts recouvrent des plateaux incurvés et très petits par rapport aux proportions actuelles sur de tels instruments. Faisant exception, le majeur de la main gauche recouvre un anneau et non un plateau. Cet instrument en Si bémol est établi selon le système Boehm; sa note la plus grave est un Mi, effet réel Ré.
..bass clar..
la marque apposée sur les corps de l'instrument et sur le pavillon en métal reprend le libellé des premiers instruments de François LEFÊVRE, portant même son monogramme d'origine. Sur le pavillon, seuls manquent les accents. Cette marque est donc restée la même pendant un siècle, quels que soient les propriétaires successifs.
..key..
Dans le registre de clairon, le pouce gauche commande deux clés de registre, une pour les notes jusqu'au Sol et une autre au-delà. Bien que la clé de registre automatique existe depuis la fin du 19e siècle, beaucoup de joueurs de clarinette basse et de saxophone préféraient la double clé. Le prix en était aussi bien inférieur, ceci pouvant expliquer cela.
La photographie de droite nous montre le plateau de l'annulaire gauche (Do/Sol), très petit, et la tête de la clé juste en dessous obstruant un trou disproportionné, obligeant la réalisation d'une clé de Do#/Sol# avec une forme courbe très curieuse.

L'appui sur L1 par l'index gauche ferme non pas un mais deux plateaux superposés et situés en dessous de la touche de la clé de La. Pour le registre aigu, lorsque ce doigt L1 n'est pas appuyé, l'appui sur l'anneau L2 abaisse aussi le plateau inférieur qui est percé d'un petit trou. Ce système original permet de jouer les notes aiguës comme sur la clarinette soprano, sans avoir à glisser l'index gauche.


..clar..
l'appui avec le pouce gauche sur la deuxième clé de registre ou "clé de 12ème" actionne une clé de bocal ayant une touche très oblique, et ce d'origine.
L'anneau pour L2 et le grand trou de jeu de L3 permettent des doigtés de fourche en appuyant seulement L1 et L3 (pas très efficace dans le chalumeau pour le Mib, bien meilleur dans le registre de clairon pour le Sib).

..bass..
Le clétage de la main droite est relativement standard. le plateau de l'annulaire droit commande une clé décalée sur le côté droit de l'instrument. Cette clé est protégée par une garde. L'instrument porte un numéro de série "745" entre deux étoiles et apposé curieusement entre les deux plateaux supérieurs de ce corps et non au dos comme cela se pratique habituellement.

dimanche 28 décembre 2008

Clarinette allemande VOIGT c.1895

Johann Wolfgang VOIGT est né le 16 août 1867 à Regnitzlosau (Bavière, à la limite de la Saxe) où il décèdera le 27 juin 1908 à l'âge de 41 ans. Il fait son apprentissage 25 kms plus à l'est, à Markneukirchen en Saxe dans la région du Vogtland avec Johann Gottlob ADLER, dans l'atelier duquel il étudie en même temps que ses fils Oscar ADLER et Robert Oswald ADLER.

Il poursuivra sa formation à Fulda (J. MOLLENHAUER & Söhne), Biebrich (HECKEL), Speyer (BERTHOLD), Munich (BOEHM & MENDLER), Bayreuth (STENGEL), Dresde, Mainz, Strasbourg (BÜRGER), Nuremberg, Hanovre (MEYER) et Berlin (Oskar OEHLER).

Johann VOIGT s'installe dans sa ville natale en 1890 où il est spécialiste de la clarinette et de la flûte traversière. Il participe à trois expositions nationales:

1896 à Nuremberg (deux clarinettes, médaille de Bronze). 1897 à Leipzig (deux clarinettes et trois instruments miniatures) et enfin en 1906 à Nuremberg (médaille d'or pour des instruments miniatures, sa spécialité. Il présentait aussi des clarinettes, flûtes, clarinettes basses et bassons)


Peu d'instruments de Johann VOIGT sont parvenus jusqu'à nous, certainement en raison de sa courte période d'activité.

La clarinette ci-contre possède les éléments caractéristiques des clarinettes allemandes avant le développement technique apporté par Oehler au début du XXème siècle:

A/ clé de registre positionnée sur le côté (en dessous en France, sur le dessus aux USA et en Angleterre)

B/ trou satellite de l'anneau du Mi pour correction de justesse des notes fourches (do aigu).

C/ grande clé plate de cadence pour l'index droit (Mib/Sib)

D/ possibilité de triller avec l'index droit au lieu de l'annulaire gauche pour la clé de do#/sol# (existe sur certaines clarinettes système "Albert perfectionné" pour le marché américain vers 1920-1930)

PHOTOS: cliquer pour les agrandir. Click to Enlarge

Sources bibliographiques:

-Reil Th. & Weller E. : Der Klarinettenbauer Oskar Oehler, Markneukirchen, 2008, ISBN 978-3_00-025113-9

- Weller Enrico: Der Blasintrumentenbau im Vogtland von dem Anfângen bis zum Beginn des 20. Jarhunderts, Geiger-Verlag, Horb am Neckar, 2004, ISBN 3-89570-986-7

- Waterhouse William: The New Langwill Index, T.Bingham, London, 1993, ISBN 0-946113-04-1

Hautbois OTTO à Neukirchen 1789

Johann Georg OTTO est né le 8 mars 1762 à Neukirchen, dans la région du Vogtland en Allemagne. Il est le fils de Johann Georg Otto (1737-1784) , boulanger dans ce village et de Eva Maria Hammig (1737-1811). Il est probablement apprenti vers 1776 d'un des deux premiers facteurs d'instruments à vent de la famille des bois en ce lieu, Johann Georg Gütter (1752-1826) installé vers 1770 ou Christian Gottlob Hammig (1759-1836) en 1773.
Johann G. OTTO s'installe à son compte en 1784, comme il apparaît dans un compte des instruments fabriqués à Neukirchen (SächsHStArchiv):
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En 1783: J.G Gütter fabrique 19 flûtes, 30 clarinettes et 2 bassons, C.G Hammig 6 piccolos, 30 flûtes, 30 clarinettes et 10 hautbois.
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En 1784: J.G.Gütter fabrique 6 flûtes, 34 clarinettes et 2 hautbois, C.G. Hammig 2 piccolos, 20 flûtes et 6 corps de rechange, 14 clarinettes et 8 hautbois.
J.G.Otto, le nouveau venu, 2 piccolos, 10 flûtes, 8 clarinettes, 2 cors de basset, 4 hautbois et 1 basson.
Il est donc le seul cette année là à avoir fabriqué toutes les sortes d'instruments de la famille des bois, y compris le nouvel instrument qu'est alors le cor de basset.
Les instruments d'Otto ont la particularité d'être souvent datés. Voici quelques exemples parmi une quinzaine d'instruments conservés dans des collections publiques ou privées:
1785 Hautbois 2 clés octogonales laiton, buis (Markneukirchen 1040, D)
1789 Hautbois 2 clés octogonales laiton, buis (collection DW, F)
1791 Flûte 1 clé carrée laiton, buis ivoire (Leipzig 1252, D)
1797 Flûte 1 clé trapézoïdale laiton, buis ivoire (Washington DCM 386, DC-USA)
1799 Hautbois, 2 clés octogonales laiton, buis (musée Bellerive 115, Zurich, CH)
1800 Flûte 1 clé carrée laiton, buis, ivoire (NMM 2668, Vermillon, SD-USA)
1801 Cor de basset en Fa, angulaire, 8 clés carrées laiton, buis, corne (Stadtmus. BNM Mu116, Munich, D)
1802 Clarinette en Ut, 5 clés carrées laiton, buis, corne (GNM MIR 429, Nürnberg, D)
1811 Clarinette en Sib, 5 clés carrées laiton, buis,ivoire (Gruuthuse 2271, Bruges, B)
daté?Aligné à gaucheBasson, 6 clés (collection Hase, Stuttgart, D, marque très effacée)
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sources bibliographiques:
- Waterhouse William : The New Langwill Index, T.Bingham, London, 1993, ISBN 0-946113-04-1
- Watel Denis: Catalogue de la collection, Tome 2, Larigot spécial XVIII, ACIMV,Paris, 2007 ISBN 1145-2048
- Weller Enrico: Der Blasinstrumentenbau in Vogtland von den Anfängen bis zum Beginn des 20. Jahrhunderts, Geiger-Verlag, Horb am Neckar, 2004, ISBN 3-89570-986-7
- Young Philipp T: 4900 Historical Woodwind Instruments, T.Bingham, London 1993, ISBN 0-946113-03-3
Oboe Otto two octogonal brass keys, boxwood, unmounted, dated 1789

lundi 22 décembre 2008

Le TAROGATO ou TOROGOATA

Le mot hongrois Tarogato (Taragot ou Torogoata en Roumain) fait référence à deux instruments distincts: un instrument à anches doubles de style bombarde ou hautbois selon les modèles et utilisé jusqu'au XVIIIe siècle (modèles Beliczay, Bethlen et Ligats) puis, lors d'un renouveau de la musique nationale en Hongrie, à un instrument en bois à perce conique et à anche simple.



exemples de tarogato anciens du Musée National à Budapest

C'est dans les années 1894-1896 que Josef Schunda, facteur d'instrument à Budapest, développe ce nouvel instrument qui sera adopté rapidement par les musiciens populaires hongrois et roumains. Il est accordé en Sib et descends au Si ou Sib grave selon les modèles. Paradoxalement, Schunda ne sera pas le premier à déposer un brevet pour ce nouvel instrument à vent.

En effet, Janos Stowasser père et fils, luthiers issus d'une longue lignée de facteurs d'instruments à Budapest mais originaires de Graslitz en Bohême (maintenant Kraslice en Tchéquie), déposent le 15 septembre 1897 une demande de brevet pour un nouvel instrument nommé Tarogato (office des brevets hongrois, Budapest, n°11545 classe IX/d). Ce brevet sera publié le 18 juin 1898.



brevet de Stowasser du 15 septembre 1897

Deux jours plus tard, soit le 17 septembre 1897, Josef Schunda dépose son propre brevet qui ne sera publié que le 31 janvier 1899, soit six mois après celui des Stowasser senior et junior ! (office des brevets hongrois, Budapest, n°13545 classe IX/d)

brevet de Josef Schunda du 17 septembre 1897

Les deux instruments ont, il faut l'avouer, peu de différences, si ce n'est quelques clés simples chez Josef Schunda, montées sur un axe commun chez les Stowasser, comme les clés de Do et Ré# graves.
Josef Schunda qui, par contre, n'avait pas montré dans son brevet la forme intérieur du bec, dépose une autre demande de brevet le 14 mars 1905 pour "un bec de Tarogato ou de clarinette" (n° 33849, publication du 18 septembre 1905).

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le brevet Schunda (1905) et une publicité Stowasser (1908)

Exemple d'un Tarogato du début du XXe siècle








deux grands interprètes:
Dumitru Farcas en berger avec sa Taragot (Roumanie)
Nagy Csaba en militaire avec son Tarogato (Hongrie)
A CHACUN SON STYLE !


instrument utilisé en Roumanie (2ème moitié XXe siècle)

Dumitru Farcas: le roi de la mélodie !

video
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Luca Novac: le roi du détaché !

video

BONNE ECOUTE !

samedi 20 décembre 2008

TAROGATO pour Gaucher

Ce tárogató, ou plutôt d'ailleurs devrai-je dire cette tarogot, car l'instrument provient de Roumanie, à la particulatité d'être prévu pour gaucher. Tout le cleftage de l'instrument en finition "acajou" est donc inversé. La seule exception est la clé la plus grave pour le Si b actionnée par le pouce de la main la plus basse, contrairement au saxophone soprano dont la clé est actionnée par l'auriculaire gauche.

Cet instrument possède en plus trois plateaux pour la main droite avec des touches en imitation nacre, chose peu courante pour les taragots. Les deux instruments étaient joués régulièrement par un musicien du nord de la Roumanie et ont été restaurés vers 1980 à Bucarest par un des derniers luthiers spécialisés.


cleftage de la main du haut très proche de celui de la clarinette allemande et double clé de registre en dessous comme sur les anciens saxophones de la fin du XIXe et début du XXe siècle

clé de
cleftage grave avec, pour l'instrument pour gaucher, les plateaux à touches imitation nacre et la clé de pouce pour le Sib grave
la clef de Sib grave est la seule a être percée de façon identique sur les deux instruments.




le bec de gauche est tout en bois, celui de droite possède une matière genre goudron apposée à l'intérieur de la perce pour lui donner une forme très particulière